Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

En janvier 2003 est paru un livre écrit par Michel-Edouard Leclerc et Chantal-Marie Wahl et intitulé "Itinéraires dans l'univers de la bande dessinée", chez Flammarion (ISBN : 2-08-068452-3). Dans ce livre de 296 pages, le célèbre patron des supermarchés Leclerc, féru de BD, s'entretient avec de nombreux auteurs de bande dessinée.

 

itinBD-Leclerc.jpg

 

Grâce à Fred, webmaster du fameux Centaur Club, nous pouvons redécouvrir les entretiens qu'il a eus avec les auteurs de BD en lien avec Blake et Mortimer ou E.P.Jacobs. Seul les moments où les personnages de Blake et Mortimer sont repris ou ceux où le maître est cité. Voici le lien sur le forum Centaur Club pour en discuter.

 

C'est aussi l'occasion de (re)découvrir un superbe dessin réalisé par André Juillard pour Michel Edouard Leclerc et publié dans ce livre. Pour une fois, Blake et Mortimer ont bien l'air d'être en vacances !

 

Juillard-2003-leclerc.jpg

 

 

 

Voici les extraits :


Entretien avec Jacques Martin - Page 65/296 – Juillet 2001
(…)
Michel-Edouard LECLERC : Les femmes étaient-elles vraiment interdites dans la bande dessinée de l'époque ?
Jacques MARTIN : Parfaitement interdites ! Certains éditeurs ont même exigé l'absence de femmes par contrat. Il faut rappeler l'anecdote d'une couverture dessinée par Edgar P. Jacobs qui représentait quelqu'un lisant une revue dans un compartiment de chemins de fer. Ce périodique représentait une danseuse aux jambes nues. Eh bien, celle-ci fut rhabillée de bas en haut de fanfreluches, à l'insu de l'auteur. E.P. Jacobs était bien entendu furieux.
(...)
M.E.L : Vous êtes l'un des initiateurs de ce que l'on appelle la «ligne claire». Est ce un choix graphique personnel ou une contrainte due au métier d'imprimeur ?
J.M. : Pas précisément, d'autres auteurs belges tels que Hergé, E.P.Jacobs, Vandersteen... en étaient bien davantage les initiateurs que moi.
(…)
M.E.L. : Aviez-vous pris des cours de dessin ?
J.M : Jamais. Hergé et E.P.Jacobs non plus, d'ailleurs. Il faut croire que nous avions chacun un don pour le dessin. Il est un fait que cette génération de dessinateurs a appris à dessiner en travaillant. L'époque l'a permis, ce n'est plus le cas aujourd'hui.

Entretien avec Jean Van Hamme - Page 71/296 – Juillet 2001
(…)
M.E.L. : Quels sont les albums-phares que vous avez beaucoup aimés ?
J.V.H. : Difficile de répondre spontanément à cette question. Disons une bonne centaine, ceux que j'ai plaisir à relire sur les cinquante mille titres parus depuis 1945. Je vous dirais entre autres Les Passagers du vent de Bourgeon. C'est pour moi du très grand travail. Le Secret de l'Espadon de E.P. Jacobs. Et bien sûr les albums de Tintin.

Entretien avec  Jacques Tardi - Page 134/296 – Novembre 2001
(…)
M.E.L. : Et votre premier coup de foudre ?
J.T. : J'ai découvert E.P.Jacobs avec la fameuse Marque jaune. Je suis sensible à l'ambiance générale des albums. Il pleut, on marche dans le brouillard sur des pavés luisants. C'est une histoire mystérieuse, comme je les aime. Et puis il y a les décors que j'ai retrouvés au cinéma, notamment dans les films noirs. Le cinéma va jouer un grand rôle dans mon activité ; je me suis passionné pour les films de Fritz Lang, le cinéma expressionniste allemand, les ombres portées...(...)

Entretien avec Ted Benoit - Page 180/296 – Novembre 2001
(…)
Présentation de l'auteur :
Pour la jeune génération, il est avec André Juillard l'un de ces artistes qui ont osé reprendre la série Blake et Mortimer. Et cette référence lui va bien. L'Affaire Francis Blake, scénarisé par Jean Van Hamme, fut un succès et l'éditeur Dargaud put se réjouir du choix d'un des plus ardents défenseurs de la «ligne claire» et de l'école belge. Mais à se focaliser sur ce seul aspect de son œuvre, on en oublierait le talent propre de Thierry Benoit (Ted est son dimininutif).
Evidemment il assume et revendique l'héritage d'Hergé et de Edgar P. Jacobs. (…)

M.E.L. : Même si vous avez peu publié, un éditeur est venu vous chercher pour la suite des aventures de Blake et Mortimer. Pourquoi vous ?
T.B. : A cela, il y avait trois raisons. Didier Christmann était directeur littéraire de ce projet. Il a introduit ma candidature sur la foi du succès de Ray Banana publié chez Casterman. Ensuite il fallait un auteur du groupe Ligne Claire et j'en faisais partie. Enfin, j'avais réalisé en 1983, du vivant de Edgar P.Jacobs, des publicités mettant en scène Blake et Mortimer. L'équipe littéraire avait donc sous les yeux des exemples concrets de ce que j'étais capable de faire.

M.E.L. : Plusieurs dessinateurs pensent que redessiner Blake et Mortimer est une attitude passéiste, dont l'interêt ne serait que marchand ?
T.B. : Ah, toujours cette vieille opposition entre art et commerce ! Comme s'il fallait avoir honte du succès. Le fait de pouvoir en vivre bien ne me gêne pas. J'avais arrêté de faire de la bande dessinée depuis huit ans, parce que justement elle ne me rapportait pas de quoi vivre. J'ai saisi l'opportunité qui s'est présentée. Et puis je préfère faire de la bande dessinée plutôt que de la pub. Pour le côté passéiste de la chose, je ne suis pas d'accord. Même si on reprend les mythes existants, je crois qu'une histoire que l'on raconte aujourd'hui peut être parfaitement moderne.

M.E.L. : Quel plaisir éprouvez-vous en travaillant sur cette histoire inventée par E.P. Jacobs ?
T.B. : Les univers d'E.P. Jacobs ou d'Hergé sont magnifiques et bien ficelés, bien formés. Se voir proposer de développer une telle œuvre est flatteur. J'avoue être fasciné par Jacobs et éprouver une certaine nostalgie à son égard.

M.E.L. : Assumez-vous simplement cette continuité ? Quelle est la part de vous-même et quelles sont les improvisations que vous vous autorisez ?
T.B. : Evidemment, je me fais plaisir. Je glisse quelques clins d'oeil personnels et surtout des ambiances et des sensations de mon imaginaire. Malgré tout, Blake et Mortimer est une bande dessinée populaire qui a son univers, ses codes bien ancrés dans l'histoire de la bande dessinée et dont le public recherche justement le prolongement. Je n'ai pas à m'interposer. Il faut jouer le jeu. Dans le premier album, je me suis intégré dans la sphère de l'héritage d'E.P.Jacobs. Dans le second, j'ai laissé plus libre court à mon imagination, J'aime que mes personnages m'échappent et s'imposent à moi. Ce sont eux qui dictent l'histoire. Je ne leur fais pas faire n'importe quoi.

M.E.L. : N'est ce pas trop difficile de se mettre dans la peau d'E.P. Jacobs ?
T.B. : J'avoue que j'aurais arrêté si au bout d'une dizaine de pages, je n'avais pas senti le projet. J'interprète les personnages tels qu'ils existent. Volontairement, je n'ai pas relu toute la série. J'ai surtout cherché à m'imprégner de l'ambiance. A moi d'interpréter librement les nouvelles histoires avec Van Hamme, le nouveau scénariste.

M.E.L. : Vous n'avez pas répondu à la question... quels sont les éléments de dessin que vous n'appréciez pas de dessiner ?
T.B. : Les hommes en armes avec des mitraillettes. Les armes sont casse-pieds à faire. Dans la bande dessinée, on a toujours tendance à les surdimensionner. J'ai du mal aussi à dessiner des femmes. Soit elles sont jolies mais sans intérêt, soit elles sont trop typées et pas très attirantes. Ça ne convient pas à Van Hamme qui me demande de belles femmes (rires). J'appréhende mal aussi certains types de paysages. La nature est quelque chose qui s'impose à vous. On ne peut pas concevoir un paysage comme on conçoit une architecture.
(…)
M.E.L. : Avez-vous eu des états d'âme après le succès de Blake et Mortimer ?
T.B. : J'ai toujours voulu réaliser une œuvre populaire. On peut être à la fois élitiste et populaire, c'était un peu mon pari. Mais bon !  Soyons simples. J'ai toujours pensé que si je m'investissais avec passion dans un projet, d'autres y trouveraient aussi du plaisir en me lisant. Ça ne marche pas à tous les coups. Le succès n'est jamais garanti. Aujourd'hui, Je mesure ma chance.

Entretien avec  André Juillard - Page 218/296 –Mai 2002
Curieusement, lors de l'entretien, il n'y a aucune allusion à Blake et Mortimer. Mais dans l'introduction, nous pouvons voir le superbe dessin qu'André juillard a réalisé pour Michel-Edouard Leclerc et que nous vous avons présenté en début d'article.


Merci à Fred du Centaur Club et aux éditions Flammarion qui nous ont accordé l'autorisation de publier ces informations et de reproduire les images.

 

(c) Flammarion, 2003. textes et image reproduits avec l'autorisation de Flammarion.

Article rédigé par Christian le 8 juillet 2011 à 08:50
Tag(s) : #Interviews en ligne