Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

 

Nous vous en parlions dans un article précédent, la compagnie théâtrale Interieur Nuit a crée une pièce d'audiothéâtre, spectacle essentiellement audio, basée sur l'album La Marque Jaune.

L'auditeur, confortablement installé et plongé dans le noir, suit les aventures de Blake, Mortimer, et Septimus. Il entend tout, les voix des acteurs, les bruitages, les respirations, mais sans voir, ou si peu (les planches de la bande dessinée sont projetées sans le texte), l’imaginaire à l’affût, tout prêt à inventer sa propre écoute intérieure. Une expérience singulière qui stimule et emmène très loin du réel.. C’est de "l’audiothéâtre".

Yvan Blanloeil, directeur artistique de la compagnie Intérieur Nuit, et qui a lui-même adapté et réalisé cette pièce a gentiment répondu à nos questions et nous présente lui-même la génèse de ce projet hors-norme :

 

"La Compagnie INTERIEUR NUIT, à l’origine compagnie de théâtre, s’est spécialisée dans une forme de représentation sonore particulière, l’Audiospectacle.

Il s’agit d’une extension de la méthode de la fiction radiophonique à l’écoute collective, où tous les moyens de reproduction sont maîtrisés de façon à garantir à l’audition la plus grande fidélité par rapport aux intentions de la réalisation. Ce concept nous a conduit à élaborer un espace d’écoute dédié, utilisant la multidiffusion, l’obscurité, et la position demi allongée de l’auditeur sur une chaise longue. Depuis 1985, une vingtaine d’œuvres ont été inscrite au répertoire de l’AudioThéâtre, souvent à base de textes littéraires. J’avais eu personnellement la chance de découvrir La Marque Jaune au moment de sa publication dans le journal Tintin dans les années 50, (je devais avoir 8 ou 9 ans) et cette histoire m’avait totalement fasciné et pas mal terrorisé, comme beaucoup de mes congénères.

En vertu du constat qu’à une bande dessinée il ne manque que le son, on rencontrait alors des versions radiophoniques de ces oeuvres, qui nous parvenaient sous forme de disque vinyl 33 tours 25 cm. Bien entendu, la courte durée de ce support faisait que les adaptations, très bien réalisées par ailleurs, étaient trop concentrées pour rendre vraiment l’ambiance du récit. Lorsque nous avons disposé de l’AudioThéâtre, le souvenir de ces disques m’est revenu, avec l’envie de créer un remake sonore de la terrible histoire de Septimus.

L’occasion nous en a été donnée à l’occasion d’un séjour de l’AudioThéâtre au château de La Roche Guyon (bien connu des adeptes de B&M). Le directeur de la programmation culturelle de ce château, Yves Chevallier, souhaitait avoir un objet sonore à destination des visiteurs qui soit relié au Piège Diabolique, situé en partie dans ce site. L’adaptation de cet album me paraissant un peu compliquée pour la seule expression sonore, je lui proposai plutôt La Marque Jaune, que je trouvai plus propice à ce type de représentation, habité par le souvenir de ces fameux disques d’aventure. La première version de La Marque Jaune, jouée au château de La Roche Guyon en 2007, était presque uniquement sonore, dans l’obscurité totale. Mais ne pouvant admettre de zapper complètement la magnifique ligne claire d’Edgar P. Jacobs, j’avais néanmoins introduit ici et là quelques images video de vignettes "importantes" qui venaient ponctuer certains passages.

Je ne fus pas long à me rendre compte que cette demi-mesure n’était pas de nature à faciliter les choses pour le spectateur. En effet, l’Audiospectacle fonctionne beaucoup sur l’imagination de l’auditeur immergé dans le bain sonore. Lorsque des images viennent momentanément percuter cette imagination, parfois la contredire, avant de retourner au "noir", le sens se perd.


Il fallait donc être radical, et choisir entre "pas d’image du tout" ou "toutes les images". C’est cette seconde solution que je choisis. On se retrouvait donc avec une projection de la bande dessinée pendant le déroulement du son. Les répliques et la narration étant présentes dans le son, il devenait gênant de les avoir à l’image. Je pris donc mon Photoshop et mon courage à deux mains, et entrepris de supprimer le texte de l’image. J’en profitais d’ailleurs pour créer un peu d’animation, non pas dans l’image elle-même, mais dans sa manière d’occuper l’écran (panoramiques, zooms, recadrages) créant ainsi une sorte de film à images fixes avec environnement sonore, qu’on pourrait appeler faute de mieux un audiovideospectacle.

C’est cette version qui a été diffusée au Théâtre d’Angoulême en mai 2013, et qui poursuivra sa carrière en novembre à Val de Reuil et à l’université de Rouen, puis à Vicen-Bigorre (mars 2014), Auch et Ramonville (avril 2014) et Narbonne (mai 2014).


Yvan Blanloeil"

 

Cette pièce de 65 minutes est interprétée par Marc-Henri Boisse, Reynald Rivart, Pierre-Alain Chapuis, Jean-Louis Cordina, Jean-Pierre Beauredon, Jean-Luc Terrade, Frédéric Guerbert, Yvan Blanloeil, Jean Rousseau, Alain Chaniot, Olivier Gerbeaud et Patricia Jeanneau. 

 

Pour illustrer ses propos, Yvan nous a également fourni un extrait video de ce spectable que nous vous présentons.

Un grand merci à la compagnie Intérieur Nuit et plus particulièrement à Yvan Blanloeil pour sa disponibilité. N'hésitez pas à consulter leur site internet pour découvrir leurs autres productions théâtrales, vidéos, musicales, etc !

Article rédigé par Christian le 3 août 2013 à 13:23
Tag(s) : #Théâtre