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Nous continuons aujourd'hui notre série sur les coulisses de la rédaction des fascicules de la collection Hachette "Voitures et Véhicules fantastiques de Blake et Mortimer", série initiée avec l'interview de Brieg F. Haslé publiée la semaine dernière.

 

Nous avons le plaisir de vous présenter aujourd'hui l'interview d'un autre co-auteur sur la collection, Thierry Lemaire, à qui nous avons posé les mêmes questions que pour le premier interviewé.

 

 

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Thierry Lemaire est membre de l'ACBD (Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée), travaille notamment pour le magazine ZOO et le site internet ActuaBD, mais est également scénariste, conférencier et intervient dans différents festivals ou salons.

 

 

Place à l'interview :

 

Qu'assurez-vous exactement dans ces fascicules ?

 

Thierry Lemaire : Je suis arrivé dans l'équipe de rédaction à partir du 5ème fascicule. J'écris tous les portraits depuis celui de Nasir. Dans le même temps, j'ai commencé par écrire à peu près un article "Le monde de B & M" sur deux, mais depuis "So British", je suis le seul rédacteur sur cette rubrique.

Avez-vous dû livrer votre travail pour tous les fascicules d'un coup ou le faites-vous au fur et à mesure ? De quels délais disposez-vous ?


Thierry Lemaire : J'ai un planning qui court jusqu'à l'été prochain, au rythme de quatre portraits et deux "Monde de B & M" par mois. Libre à moi d'aller plus vite que les dates indiquées. Pour l'instant, je n'ai pas réussi à prendre de l'avance, mais c'est mon intention rapidement.

Connaissiez-vous intimement la série Blake et Mortimer où vous y êtes-vous plongé pour l'occasion ?


Thierry Lemaire : Oui, je connaissais très bien la série. Je lis Blake et Mortimer depuis mon adolescence et je n'avais pas décroché depuis. Je possédais tous les albums signés Jacobs et toutes les reprises (ainsi que le Rayon U). J'avais même animé une table ronde lors du festival de Maxéville de 2010 (festival consacré exclusivement aux aventures des deux Britanniques) avec notamment comme invitée Chantal de Spiegeleer.

Quelles sont vos sources de documentation ?


Thierry Lemaire : Pour les portraits, ma source de documentation principale est l'ensemble des albums. Je note toutes les occurrences du personnage traité et à partir de ces notes, je le présente en essayant d'insister sur sa psychologie. Un opéra de papier peut me servir éventuellement pour confirmer l'identité des modèles (Yul Brinner, Gabriel Bertrand, Arthur Miller, etc), mais en fait, comme je les connais déjà, je l'utilise peu.


Pour "Le monde de B & M", je me documente essentiellement sur Internet pour les thématiques concernées. Je croise les sources pour éviter les mauvaises surprises et j'essaye à chaque fois de chercher des informations sur des sites officiels (Administrations britanniques, FBI, etc).

 

 Cette immersion dans l'univers de Blake et Mortimer a-t-elle modifié votre perception de la série ?


Thierry Lemaire : Oui, je me suis rendu compte à quel point le traitement des personnages était cohérent. Leur psychologie est beaucoup plus fouillée qu'on ne pourrait le penser (je parle ici des personnages secondaires), et surtout parfaitement respectée tout au long des albums. Malgré le nombre important des personnages, aucun ne dévie de son profil psychologique et n'a de comportements inappropriés. Plus je décortique les albums, plus je trouve la performance remarquable.

Pensez-vous que la vie et l'oeuvre d'un auteur soient liées et que la connaissance de celle-là soit nécessaire à la compréhension de celle-ci ?


Thierry Lemaire : Je pense que la vie et l’œuvre d'un auteur sont forcément liées. Pourquoi a-t-il voulu se lancer dans une carrière artistique ? Quels sont ses thèmes de prédilection ? Pourquoi choisit-il la comédie plutôt le drame ? Tout cela est la résultante des expériences qu'il a connues dans sa vie.


En revanche, je ne pense pas que connaître la vie d'un auteur soit indispensable à la compréhension de son oeuvre. Une oeuvre doit être compréhensible sans même savoir l'âge, le sexe ou la nationalité de son auteur. Toutefois, connaître la vie d'un auteur éclaire souvent son oeuvre d'une manière particulière. Savoir, par exemple, qu'un récit est autobiographique peut rendre une histoire encore plus poignante. Connaître les proches de l'auteur peut permettre de comprendre certains clins d'oeil.


La connaissance de la vie d'un auteur permet une compréhension globale de ses intentions et crée une intimité encore plus grande avec le lecteur. Il faut la considérer comme un plaisir supplémentaire de lecture.

Gérard Lenne, dans son ouvrage "Blake, Jacobs et Mortimer", avait noté que tous les personnages importants des albums de Jacobs se répartissaient en trois catégories : les savants, les guerriers et les traîtres, dont les trois héros principaux Mortimer, Blake et Olrik sont les archétypes. Comment à vous yeux les repreneurs de la série ont-ils repris ou modifié cette structure ?


Thierry Lemaire : Je trouve que les repreneurs respectent cette structure à la lettre. Depuis L'affaire Francis Blake, on peut placer tous les personnages importants dans l'une de ces trois cases. Je n'ai pas remarqué de personnages qui y échappaient. Ce qui semble très logique car les intrigues mêlent projet criminel et arrière-plan scientifique. Seule L'Affaire Francis Blake déroge un peu à la règle en développant une pure histoire d'espions (l'enlèvement des meilleurs physiciens britanniques fait quand même partie de l'intrigue).

On constate que chez Jacobs il n'y a pratiquement aucune femme et absolument aucun enfant. Il n'y a même pas d'hommes jeunes, on est dans un univers peuplés exclusivement d'hommes mûrs, ce qui est pour le moins original dans une série a priori étiquetée "jeunesse". Comment les repreneurs ont-ils modernisé la série sur ces points ?


Thierry Lemaire : Il est vrai que le flashback sur la jeunesse de Blake et Mortimer est assez surprenant. C'est la première fois que des personnages aussi jeunes (quand même à la sortie de l'adolescence) apparaissent.
Le point principal de modernisation de la série tient dans l'introduction d'un nombre très important de personnages féminins. Nastasia Wardynska, Princesse Gita, Sarah Summertown, Jessie Wingo, Lady Eileen-Hunter, Eleni Philippidès, Virginia Campbell... La brave Mrs Benson se sent moins seule. Les repreneurs ont d'ailleurs eu la très bonne idée de les répartir entre savantes, guerrières et traitresses.


Conséquence de cette "invasion" féminine, le sentiment amoureux a fait lui aussi une discrète mais remarquée apparition. On en a ainsi appris beaucoup sur le passé sentimental de Mortimer. La relation entre Blake et Nastasia d'un côté, et Mortimer et Jessie de l'autre, font apparaître des jeux de séduction inconnus auparavant. On en vient même à soupçonner fortement Mortimer d'avoir été, sans le savoir, papa.


Une autre modernisation concerne le traitement des personnages issus des anciennes colonies ou des minorités dans leur pays. A l'époque de Jacobs, le paternalisme ambiant faisait que Nasir ne pouvait être qu'un domestique. Avec les repreneurs, Nasir prend du galon (et est vouvoyé par B & M). Le flashback en Inde montre un Mortimer soucieux de la façon dont sont traités les autochtones, en opposition avec son père. L'importance du rôle de la princesse Gita, même si elle fait partie des traitresses, est symptomatique de ce changement. L'apparition de Jessi Wingo, métisse amérindienne, également. Même en restant classiques, les scénarios des repreneurs ont fort heureusement intégré les changements de mentalités de la société.

 

 

 

 

 

Un grand merci à Thierry Lemaire pour ces réponses très interessantes. Et vous le retrouverez donc dans les futurs fascicules, notamment pour ses savoureux portraits des personnages secondaires !

 

Rendez-vous pour un prochain article avec l'interview d'un autre journaliste coauteur des fascicules Hachette Collections...

Article rédigé par Christian le 27 novembre 2011 à 07:00
Tag(s) : #Interviews en ligne